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Photographie 3D avec Matjaž Tančič

Tout en terminant ses études de photographie de mode au London College of Fashion, Matjaž Tančič a exploré toutes les facettes de son art, s'essayant aussi bien au portrait qu'à la photo d'architecture et utilisant différentes techniques et méthodes jusqu'à se frayer un chemin dans le milieu professionnel en tant que photojournaliste pour le magazine Mladina. Son extraordinaire maîtrise de la photographie 3D est apparue lorsque ses photos ont été exposées dans toute l'Europe. Il a fait ensuite son premier voyage en Asie, où il a travaillé pour le plus grand projet 3D de Chine, ce qui lui a valu une reconnaissance internationale.

Inventée à l'ère victorienne, la méthode de prise de vue en relief (ou 3D) est aussi vieille que la photographie elle-même. C'est son caractère original et le défi technique qu'elle représente qui ont attiré l'attention de Matjaz. Peu de photographes s'y frottent en effet, car elle est très exigeante et réclame un grand sens de l'immersion. Cependant, elle offre un élément de surprise indéniable, l'œil saisissant toute l'image plutôt que de simplement l'effleurer.

Dans sa série sur la Corée du Nord, Matjaž montre la société nord-coréenne, ainsi que des habitants qui ne seraient pas nécessairement choisis comme sujets. Selon lui, la technique 3D frappe davantage le spectateur.

« Dans un pays comme la Corée du Nord, on vous montre en général des foules plutôt que des visages et la dimension individuelle est sacrifiée. Je voulais aller à l'autre extrême et être aussi près des gens que possible. Avec la 3D, vous entrez presque dans leur espace personnel, depuis leurs expressions jusqu'à leurs vêtements, ce qui provoque un quasi sentiment de malaise ». Dans son exposition, le nom, l'âge, le métier et l'endroit où il a rencontré ses sujets sont notés.

Matjaž nous donné quelques conseils et astuces pour aider les photographes en herbe à faire leurs premiers pas dans ce domaine passionnant.

Méthodes :

Fondamentaux de la photo stéréoscopique

En photo 3D, il vous faut deux images, une pour l'œil gauche et une pour l'œil droit. Il existe deux méthodes courantes pour photographier en 3D. La première consiste à prendre des photos stéréo en utilisant deux appareils placés à deux endroits différents.

La distance entre les deux appareils doit être d'environ 6,4 cm, c'est-à-dire la distance moyenne entre les deux yeux. La synchronisation des deux appareils pour qu'ils déclenchent la prise de vue et le flash en même temps n'est pas facile, il faut essayer plusieurs méthodes, explique Matjaž. « Les paramètres des deux appareils doivent être identiques. Il vaut donc mieux photographier en manuel et utiliser un zoom, de préférence ni trop large ni trop étroit. C'est avec un AF-S NIKKOR 24-70 mm f / 2.8G ED que j'ai obtenu les meilleurs résultats. Il faut utiliser une faible ouverture, c'est crucial... F5, 6 F8 F11 »

Selon que les sujets sont plus ou moins loin, refaire les calculs et modifier la distance entre les appareils photo. Si vous photographiez quelque chose de près, par exemple un plateau de table, un centimètre entre les appareils photo suffira. Mais si vous voulez de la profondeur, par exemple pour des nuages éloignés, il faut écarter les appareils.

Matjaž a trouvé que les déclencheurs à distance étaient la meilleure solution pour prendre les photos en même temps. Toutefois, dit-il, le problème avec cette technique est qu'il est impossible de rapprocher les appareils photo si ce sont de gros modèles. On obtient en moyenne une douzaine de centimètres de distance, ce qui produit une image fantôme difficile à supporter pour les yeux. Le concept peut commencer à devenir complexe. Il existe différents programmes en ligne qui peuvent vous aider à calculer la distance idéale entre les appareils photos et les objets, ce qui vous facilite grandement la tâche. Matjaz utilise l'application « Free 3D Stereoscopic Calculator » sur son iPhone.

Une autre méthode, qui est la plus fréquemment utilisée, est celle dite du cha-cha-cha. Pour ceux qui veulent juste commencer, c'est la méthode la plus simple, puisqu'il suffit de photographier avec un seul appareil, puis de fusionner les deux photos avec un logiciel. « Commencez par un sujet statique. Moins il y a de mouvements et mieux c'est », conseille Martjac. Les deux images doivent être totalement identiques. Matjaž préconise de prendre le plus grand nombre possible de prises de vue pour limiter les risques de photos floues ou comportant des erreurs.

Là où ça se complique, c'est quand un objet inattendu surgit devant votre sujet principal si vous avez fait un mauvais calcul ou si le sujet se trouve trop loin et ne ressort pas suffisamment. Cela peut paraître ardu, mais Matjaž nous raconte qu'après de nombreux essais et tâtonnements, il est aujourd'hui à l'aise avec la quasi-totalité de ces techniques.

Comment débuter

Une fois que vous avez trouvé votre sujet, il vous faut un bon emplacement. Pour la profondeur, n'utilisez pas trop de strates. Si vous photographiez quelqu'un devant une voiture, cette voiture se trouvant devant un bâtiment lui-même placé devant d'autres construction, vous diminuez vos chances de faire une superbe photo 3D. Trop de profondeur ne convient pas à ce type de photos. « Mes photos contiennent toujours un espace limité. Je photographie les gens dans des espaces clos, tout en assurant néanmoins d'avoir une profondeur suffisante et une plage comprise entre 2 et 4 strates. »

La règle d'or, c'est la simplicité

Placez un objet devant votre chaise avec un mur en 3 dimensions, par exemple avec des rideaux derrière. Avec la 3D, en particulier pour les prises de vue en intérieur où la lumière naturelle est limitée, vous devez garder une ouverture faible : un réglage de f/8, f/12 ou f/16 sera un excellent choix. Lorsque vous avez réuni tous ces paramètres dans un environnement agréable et que vous avez choisi la méthode à utiliser, vous êtes prêt à photographier.

Post-production

Lorsque vous avez deux images, vous pouvez les visionnez de plusieurs façons différentes. Les cartes stéréo affichent l'image de droite et de gauche pour produire un effet tridimensionnel. Vous pouvez aussi fusionner les photos dans une image analytique. Les lunettes en papier bleu et rouge sont les plus courantes et les moins chères pour créer l'effet souhaité. C'est ce que Matjaž utilise dans la plupart de ses expositions. Le seul inconvénient est que vous perdez certaines couleurs en regardant à travers les filtres.

Si vous faites des anaglyphes, ce qui est le procédé le plus usité, évitez le bleu et le rouge du code de couleur cyan. Lorsque l'on regarde les couleurs à travers des verres 3D, cela peut faire un peu mal aux yeux. Vous pouvez corriger le problème pendant la prise de vue ou essayer de le traiter en post production

Une autre difficulté signalée par Matjaž est que si les photos sont numériques, les couleurs sont présentées au format RVB. Or, si vous les imprimez, elles passent automatiquement en CMJN, un format d'impression qui les modifie. C'est une grave erreur de « débutant », selon Matjaz.

« Bien souvent, les gens ne préparent pas leurs fichiers en vue de leur conversion, ce qui bouleverse toute la dynamique de leurs photos. Du coup, la photo 3D fait un peu peur. Il est vrai qu'on peut en voir de vraiment mauvaises. »

Points clés à prendre en considération :
• ayez deux appareils photo identiques ou un seul appareil photo de bonne qualité avec un trépied
• un objectif avec une faible ouverture
• un logiciel ou une application permettant de calculer la distance entre les appareils photo et les objets
• un logiciel pour traiter les images

L'équipement indispensable pour Matjaz :
• le Nikon D810 avec un AF-S NIKKOR 24-70 mm f/2.8G ED x 2
• un rail et une tête niveleuse pour assurer la stabilité
• un déclencheur pour déclencher les deux appareils photos simultanément

Et surtout, il nous rappelle qu'il faut savoir tirer parti de ses erreurs. Si Matjaž Tančič domine aujourd'hui le monde de la photo 3D, c'est grâce à tous les tâtonnements et aux erreurs qu'il a pu faire. Il conseille vivement de démarrer avec des choses simples, la technique viendra plus tard. Son prochain projet est une série de portraits 3D de réfugiés en Grèce.

À propos de Matjaz

Matjaž Tančič est un photographe slovène qui vit et travaille entre Pékin et Ljubljana. Il a commencé sa carrière comme photojournaliste au magazine Mladina avant de partir rapidement à l'étranger – Matjaž est diplômé du London College of Fashion. Ses racines de photojournaliste sont également visibles dans son travail, à travers sa recherche éternelle de nouveaux lieux et ce sens de la spontanéité qui est la marque de fabrique des photographes journalistiques. C'est au fil des ans qu'il a perfectionné son style de photo 3D.